J'utilise les Engo 3 depuis plusieurs semaines en course à pied, en trail et en gravel. Le concept est particulièrement séduisant : afficher directement les données d'entraînement dans son champ de vision sans avoir à consulter sa montre. Après plusieurs sorties et différents types d'entraînements, voici mon retour d'expérience.
Le design est réussi, mais laisse une impression mitigée.
J'aurais apprécié une monture plus enveloppante. En vélo notamment, quelques gouttelettes de pluie peuvent encore s'infiltrer entre le casque et la partie supérieure des lunettes.
La zone centrale qui intègre la batterie et le HUD reste également assez imposante. Il faut toutefois reconnaître qu'il s'agit d'une véritable prouesse de miniaturisation. Une fois portées, cette partie n'empiète absolument pas sur le champ de vision : la critique est donc essentiellement esthétique.
En revanche, la qualité de fabrication inspire confiance et les lunettes donnent une réelle impression de robustesse.
Les verres photochromatiques constituent un bon compromis. Ils restent suffisamment clairs pour courir ou rouler en gravel au crépuscule ou lorsque la luminosité baisse.
En revanche, en plein soleil, ils atteignent rapidement leurs limites. L'assombrissement maximal n'est pas suffisant pour éviter complètement l'éblouissement. J'imagine qu'il est techniquement difficile de concevoir un verre capable d'être à la fois très clair dans des conditions de faible luminosité et très foncé sous un soleil intense, mais cela reste un point perfectible.
C'est évidemment la principale raison d'acheter les Engo 3. Le concept fonctionne et apporte une réelle valeur ajoutée, mais plusieurs limitations empêchent encore le HUD d'exploiter pleinement son potentiel.
Configuration dans l'application
La mise en route est exemplaire. La connexion des lunettes, de la montre et du smartphone est rapide et ne demande que quelques minutes. La configuration des différents HUD est intuitive et l'application est suffisamment claire pour être prise en main immédiatement.
En quelques manipulations, tout est prêt : les lunettes sont opérationnelles.
Qualité d'affichage
Lorsqu'il est correctement positionné, l'affichage est excellent. Les informations sont nettes, très lisibles et la luminosité s'adapte automatiquement aux conditions extérieures. Pour des données comme la fréquence cardiaque, c'est un véritable confort : un simple coup d'œil permet de vérifier immédiatement dans quelle zone d'effort on se situe, sans quitter la route ou le sentier des yeux.
L'affichage n'est volontairement pas centré dans le champ de vision, mais projeté en vision périphérique interne gauche. Cette disposition demande un léger temps d'adaptation lors des premières sorties, mais devient rapidement très naturelle. Une fois habitué, le HUD se consulte presque instinctivement sans perturber la vision de l'environnement. Même en trail, dans des passages techniques où chaque appui compte, il ne gêne jamais la lecture du terrain. L'affichage est présent lorsque l'on en a besoin, mais sait aussi complètement se faire oublier le reste du temps.
Le passage d'un HUD à l'autre est tout aussi réussi. Une simple double pression sur la branche des lunettes permet de changer instantanément d'écran, sans interrompre son effort.
Les différents HUD peuvent afficher jusqu'à six données simultanément. Cette flexibilité est appréciable, mais la lisibilité diminue rapidement lorsque les informations deviennent trop petites. Après plusieurs essais, j'ai largement préféré le format à trois données, qui permet notamment de conserver une grande jauge de fréquence cardiaque extrêmement facile à lire en un coup d'œil.
Cette excellente lisibilité dépend toutefois énormément du positionnement des lunettes. Elles doivent être portées selon un angle très précis pour obtenir une image parfaitement nette. Or, il n'existe pratiquement aucun réglage permettant d'adapter cette position à la morphologie de chaque utilisateur. Selon la forme du visage, certains pourraient donc rencontrer davantage de difficultés à trouver le positionnement idéal.
Une fois cette position trouvée, il est également essentiel que les lunettes ne bougent plus. Engo semble d'ailleurs en être conscient puisque des élastiques de maintien sont fournis avec les lunettes. Ils deviennent rapidement presque indispensables pour conserver un affichage optimal, en particulier en course à pied où les lunettes ont davantage tendance à glisser qu'à vélo. A cause de cette "fixation" j'ai parfois un certain inconfort qui apparait sur des séances plus longues de plus de 3h.
Enfin, la gestion automatique de la luminosité montre parfois ses limites. En course à pied, notamment sous une casquette ou en sous-bois, le HUD devient parfois beaucoup trop sombre pour rester facilement lisible. Il est regrettable qu'aucun réglage manuel ne permette de définir une luminosité minimale.
Données affichées
Le nombre de données disponibles est impressionnant, mais dans les faits la plupart des utilisateurs n'en exploiteront probablement que cinq ou six.
Certaines informations paraissent difficilement pertinentes dans un affichage tête haute. Je vois par exemple peu d'intérêt à afficher ma cadence maximale en pleine séance : c'est déjà une donnée que je n'utilise pas sur ma montre.
À mon sens, le véritable potentiel serait de pouvoir afficher directement les champs de données personnalisés de sa montre. Les utilisateurs Garmin pourraient retrouver des informations comme PacePro ou d'autres champs issus de Connect IQ. Dans mon cas, utilisant le capteur respiratoire Tymewear, j'aimerais pouvoir afficher directement certaines métriques respiratoires dans le HUD.
Le potentiel matériel est énorme, mais le logiciel gagnerait à être beaucoup plus ouvert et personnalisable.
Entraînements programmés
La prise en charge des entraînements programmés est fonctionnelle, mais manque encore de flexibilité.
Prenons une fraction de 10 minutes à vitesse cible. Les Engo affichent principalement l'allure moyenne depuis le début de l'intervalle. Personnellement, je préférerais pouvoir choisir une moyenne glissante sur les trois ou cinq dernières secondes, bien plus représentative de mon allure réelle et infiniment plus pertinente pour ajuster mon effort qu'une moyenne calculée depuis le début de la fraction.
Autre exemple : lors d'une séance en 30"/30", les dix dernières secondes de chaque fraction sont occupées par l'affichage de l'étape suivante. Cela représente un tiers de l'intervalle. Pendant ce temps, des données essentielles comme l'allure instantanée disparaissent précisément au moment où elles sont les plus utiles.
Là encore, quelques options de personnalisation suffiraient à transformer une fonctionnalité déjà intéressante en un véritable outil d'entraînement.
Autonomie de la batterie
20h d'autonomie promise. Promesse tenue en ce qui me concerne (52% notée après environ 9h30 d'utilisation). A voir comment elles tiennent le coup pour les efforts en plein soleil où la luminosité doit restée élevée.
Je préfère parler de **rapport bénéfice sportif/prix** plutôt que de rapport qualité/prix.
Pourquoi ? Parce que les Engo 3 n'ont aujourd'hui pratiquement aucun concurrent direct. Il est donc difficile de comparer objectivement leur qualité de fabrication ou leurs performances. Sur ce point, elles me semblent d'ailleurs très bien construites.
En revanche, à près de 400 €, la véritable question est de savoir quel bénéfice concret elles apportent à l'entraînement.
Pour moi, elles sont réellement utiles dans certaines situations bien précises :
* les entraînements guidés par la fréquence cardiaque ;
* les intervalles où l'allure ou la puissance doivent être surveillées en permanence ;
* les séances où ne plus avoir à consulter sa montre améliore réellement la qualité et le confort de l'entraînement. C'est particulièrement vrai à vélo, où maintenir une puissance cible devient à la fois plus simple et plus sûr : les yeux restent sur la route plutôt que sur le compteur.
À l'inverse, une sortie longue en zone 2 ne nécessite pas un contrôle permanent de la fréquence cardiaque. Les alertes de la montre suffisent généralement à respecter la zone de travail.
Les Engo 3 ne sont pas un simple gadget. Elles apportent un véritable bénéfice dans certains contextes d'entraînement et leur concept fonctionne remarquablement bien. Une fois passé le temps d'adaptation, il est même difficile de revenir complètement en arrière sur certains types de séances. Le HUD est agréable à utiliser, discret et permet réellement de rester concentré sur son effort plutôt que sur sa montre.
En revanche l'ergonomie n'est pas nécessairement adaptée à toutes les morphologies. De plus, le logiciel n'exploite pas encore tout le potentiel du matériel. Une plus grande personnalisation des données, davantage de réglages de l'affichage et une meilleure gestion des entraînements programmés feraient franchir un véritable cap au produit.
Au final, j'ai parfois l'impression que c'est davantage le coureur qui doit s'adapter aux lunettes que les lunettes qui s'adaptent au coureur. C'est probablement leur principal défaut aujourd'hui.
À près de 400 €, elles s'adressent avant tout aux sportifs qui utilisent régulièrement des entraînements structurés ou qui souhaitent surveiller en permanence une donnée spécifique comme la fréquence cardiaque, la puissance ou l'allure. Pour cet usage, elles apportent un réel confort. Pour un coureur plus occasionnel, l'investissement sera sans doute plus difficile à justifier.
**Note finale : 3/5**
Les Engo 3 sont un produit réellement innovant, agréable à utiliser et déjà très convaincant. J'ai toutefois le sentiment que le matériel est aujourd'hui en avance sur son logiciel. C'est finalement plutôt rassurant : si Engo continue à faire évoluer sa plateforme et offre davantage de personnalisation, une grande partie des points faibles évoqués ici pourrait être corrigée par de simples mises à jour. Elles pourraient alors devenir une véritable référence dans le domaine de l'affichage tête haute pour les sports d'endurance.