J'ai passé plusieurs sorties avec ce gilet sur les épaules, en arpentant les terrains corses variés qui constituent mon quotidien de coureur : parc pour la première sortie de 10 km histoire de l'apprivoiser, puis une session de 18 km sur sentiers très techniques avec dénivelé et passages rocheux, un 15 km en gravel sur la côte, et deux sorties sur pistes plus roulantes de 15 km chacune. Environ 60 km au total, sous des conditions de chaleur et d'humidité qui n'épargnent pas le matériel.
Ce que j'ai aimé d'emblée, c'est l'esthétique. Rossignol arrive sur le trail avec un produit qui assume sa signature visuelle sans tomber dans l'austérité fonctionnelle de certains concurrents. Le design est soigné, moderne, et on se sent bien dedans, ce qui compte quand on l'enfile au quotidien. Les finitions tiennent la route : coutures solides, matériaux qui résistent à l'abrasion corse, et après plusieurs passages machine à 30 degrés sans adoucissant, aucune décoloration ni perte d'élasticité. La répartition des poches est globalement intelligente, avec un accès aux compartiments avant fluide en mouvement, sans avoir à s'arrêter pour attraper un gel ou les clés.
Là où les choses se compliquent, c'est à l'usage intensif. Premier problème constaté dès la première gorgée : la soft flask glisse et tombe au fond de sa poche. L'élastique censé la retenir ne remplit pas vraiment son office, il perd sa tension trop vite ou n'est pas dimensionné pour maintenir la flasque en position haute une fois à moitié vidée.
Deuxième irritant : les poches costales sont trop plaquées sur le corps et leur volume est trop limité. Concrètement, si les flasques sont en place et que les poches sont chargées, l'insertion ou le retrait d'une gourde en mouvement devient une opération à deux mains qui casse le rythme. Sur du trail technique où l'attention au terrain prime, ce type de conflit ergonomique n'est pas anecdotique.
Troisième point : des frottements désagréables au niveau de la nuque des bretelles. Par temps chaud, avec la transpiration qui s'installe, ça devient une vraie gêne sur les distances supérieures à une heure. Pas rédhibitoire sur 10 km, clairement gênant sur 18 km et au-delà.
Dernier détail qui interroge : le petit cordon de fermeture de la poche basse m'est resté dans la main à la troisième sortie. Heureusement en dehors de l'effort. Ce genre de finition qui lâche tôt sur un point d'usage fréquent, c'est soit un problème de série soit un défaut de conception sur ce détail précis. Dans les deux cas, ça mérite d'être signalé.
Pour qui ce gilet est-il fait ? Pour le coureur qui cherche un produit bien construit, élégant, polyvalent sur des distances courtes à moyennes (jusqu'à 15-20 km), sur des terrains mixtes où l'accessibilité rapide aux flasques n'est pas une contrainte absolue. Pour le trailer corse qui enchaîne les sentiers rocheux et les passages avec les mains, ou pour quiconque envisage des sorties longues avec des ravitaillements fréquents, les défauts ergonomiques des poches flasques vont peser dans la balance. Rossignol construit quelque chose de sérieux sur ce segment, la base est solide, mais les détails d'usage intensif demandent encore un tour de table.
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