Une histoire de 3000...

Une histoire de 3000...

Luchonais
NobruDude
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Cet article a initialement été publié le 29 juillet 2020 dans le mag communautaire Skipass.

Après 2 semaines d’entrainement en milieu minéral entre mer et montagne en Corse (NDLR : la Corse, c’est beau ! On peut s’envoyer des randos alpines en touchant la neige, et finir la journée à la plage par 30°C, unique), il est grand temps d’aller cocher quelques 3000s du Luchonnais.

Pour les non pyrénéistes, la région de Bagnères-de-Luchon regorge de sommets à plus de 3000m, c’est un peu le paradis du randonneur engagé… oui, car la plupart de ces sommets se méritent, avec souvent des passages aériens et quelques pas d’escalade où il vaut mieux ne pas glisser. On est sur de la haute montagne, y’a souvent de l’ambiance et du gaz !

Mon objectif de jour, un enchainement Pic Maupas (3109m) puis Pic de Boum (3006m), en passant par le glacier et non par la crête, parce que je suis tout seul, et que l’objectif est plus une rando alpi qu’une course de crête. Ci-dessous le trajet plus ou moins suivi :

Le topo de rando-marche (un site que je ne saurais que trop conseiller, c’est bien fait, et complet) pour la partie jusqu’au Pic Maupas.

Vu que cette petite balade met quand même la barre à 2300 de dénivelé positif (D+) en gros , l’objectif est aussi d’essayer (modestement) d’activer le mode Killian, histoire de ne pas finir de nuit.

Et donc, comme pour toute bonne grosse bambée, le réveil sonne à 4h du mat ! Même pas mal, de toute façon, je ne dormais pas, j’avais déjà fait 4 ou 5 fois le parcours dans ma tête pendant le nuit. Un litre de café avalé, et 150 bornes plus tard (départ de Toulouse), me voilà garé au fin fond de la Vallée du Lys, très bel endroit, même si à 6h du mat, on en apprécie pas forcément toutes les subtilités (on verra ça au retour).

Donc, c’est parti, le chemin jusqu’au refuge du Maupas, qui est le premier objectif de la journée, est très bien balisé (en rouge en l’occurrence), fléché, cairné… il est quasi impossible de se perdre.

Comme on démarre à 1140m d’altitude, il y a encore de la forêt et des arbres, c’est agréable, mais en cette matinée, cela impose la frontale si on ne veut pas justement rencontrer un arbre d’un peu trop près. Au sortir de cette forêt, on laisse sur notre droite plusieurs cascades toutes très jolies, mais ce n’est pas le sujet à 6h du mat avec les objectifs de la journée. Quelques bifurcations (toujours bien indiquées) et lacets plus tard, on se retrouve au-dessus de la station de pompage avec un très gros tuyaux au-dessus de nous, c’est assez disgracieux, mais si ça peut permettre de produire de l’électricité sans charbon, alors très bien… on tourne à droite, passe sous cette conduite forcée, et on a le refuge du Maupas à quelques enjambées. On est à 2430m, il est 8h du mat, tout va bien.

Comme il est encore tôt, Nathalie, la gardienne, très sympa, prépare un café, et il est temps d’échanger sur les sommets de la journée et les conditions pour y aller. Parce que, oui, même si dans la littérature, le Pic Maupas notamment, peut être indiqué comme un sommet atteignable par le commun des mortels, ce n’est pas tout à fait le cas, et Nathalie est là pour dissuader les moins barbus et/ou les moins bien équipés.

Pas trop le temps de refaire le monde non plus, il faut repartir, plein sud, et dré dans l’pentu, pour le 1er sommet du jour. Mais ça, c’est sans compter sur le patou du coin, qui terrorise la majeure partie des randonneurs (éternelle discussion du partage de la montagne entre activités pastorales et rando, mais c’est un autre débat). Toujours est-il qu’après des négociations pas faciles, je parviens à passer sans y laisser un mollet, et me voilà au pied de la Tusse du Maupas, avec une 1ère cheminée à escalader : les prises sont bonnes, y’a pas trop de gaz encore, ça passe sans sourciller. La suite est moins simple, et on se rappelle que Maupas signifie en réalité « Mauvais Pas », la neige tardive et un chemin pas toujours évident (« trop de cairn, tue les cairns ») font qu’on se retrouve à faire un ou 2 pas d’escalade, certes pas si difficiles, mais en grosses, sans assurage et avec du gaz, c’est pas la même.

L’ambiance est très minérale, on finit par arriver au cairn sommital après avoir franchi un nombre incalculable de gros rocher ! La vue à cette altitude est magnifique, c’est du 360° avec tous les 3000 voisins (le Perdiguère (3222m) règne en maître dans cette zone) et surtout l’objectif #2 de la journée, le Pic de Boum juste en face. Pas trop le temps de se demander si les jambes commencent à piquer ou pas (on a quand même déjà fait environ 2000 de D+), il est 10h et on n’a pas fini !

La désescalade jusqu’au glacier se déroule pas trop mal, et vient le temps de chausser les crabes. Le glacier, orienté plein Nord et à 2800m est encore bien fourni en cette mi-juillet (bien que l’hiver ait été assez sec), et comme la neige a déjà commencé à décailler (on attend quand même plus de 35°C en vallée ce jour-là !), c’est un réel bonheur de dévaler cette neige, le bâton dans la main aval, le piolet en amont avec la sécurité des crampons aux pieds. Je me surprends même à courir quand la pente se calme, mais il faut raison garder quand même, une glissade serait mal venue pour la note artistique. A noter bien sûr que ce glacier est praticable seul et non encordé car très peu épais et totalement absent de crevasses.

Après plusieurs montées/descentes pour rester sur la neige le plus longtemps possible, et après avoir contourné l’éperon N-O du pic de Boum, il faut enlever la quincaillerie et repartir au mastic dans les cailloux : cette fois, les cairns sont très bien placées, et en nombre adapté pour éviter la confusion. On progresse bien, encore une fois, les prises sont bonnes, même si le cailloux se délite parfois, et après quelques pas (II/II+) on arrive au sommet, avec toujours une vue magnifique, il est 11h30, en avance sur le chrono scratch. La vue est encore une fois incroyable, avec notamment l’Aneto, le Seigneur des Pyrénées, à 3404m.

La redescente, avec pour objectif de repasser voir Nathalie (histoire de confirmer que tout s’est bien passé, et débriefer des conditions pour les suivants), commence bien dans la neige, la suite, totalement hors sentier et au milieu de barres rocheuses plus ou moins sympathiques, cela rend la chose un peu plus aléatoire. Attention notamment, pas mal de ponts de neige n’attendent qu’une chose, c’est de céder, il faut donc être prudent.

A nouveau assis au refuge devant un café, je me demande si ces pics sont praticables en ski de rando l’hiver, le relief ne semble pas adapté : en fait, la Vallée du Lys, vient du vieux patois Litz (orthographe ?) qui signifie avalanche, j’ai ma réponse !!

La suite de la descente retrouve les sentiers allant aux lac vert et lac bleu, très fréquentés, c’est l’autopiste, et je ne compte pas le nombre de « bonjour, pardon je passe, merci !! ». Arrivé à la voiture, et les pieds libérés, il est grand temps d’aller se désaltérer, deux bars/terrasses sont présents juste à côté, et ça, c’est la récompense d’une grosse journée dans ce lieu magnifique.

A noter qu’il existe plusieurs circuits/rando assez faciles, accessibles aux familles au départ de ce même parking, qui passent à côté de toutes les cascades mentionnées au début, ainsi qu’à côté du gouffre d’enfer et du ru d’enfer, c’est à faire (sans vouloir jouer avec la rime !!), c’est très joli.

Enfin, la vallée du Lys est aussi praticable en hiver :

NobruDude
Texte, Photos NobruDude
Enjoy the ride...
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