Alpinisme: Dans la face Nord de l'Ailefroide orientale

Photo de couverture

Cliquez ici pour ajouter une photo de couverture, ou déposez la photo dans ce cadre. Si les dimensions sont supérieures à 2000x1045 pixels, la photo sera automatiquement redimensionnée.

L'image d'en tête sera affichée derrière le titre de votre article.
Cliquez ici pour remplacer la photo de couverture (2000x1045 pixels), ou déposez la photo dans le cadre pointillé.

Alpinisme: Dans la face Nord de l'Ailefroide orientale

Quand rien ne se passe comme prévu
Kilianmn
Texte :
Cet article est issu du mag communautaire Outzer, dans lequel les membres de notre communauté peuvent partager librement leurs plus belles histoires de montagne. Publiez la votre !

Juin 2020. Nous sortons à peine d'un confinement inédit. Cela fait plus de deux mois que je ne suis pas allé en montagne, comme tout le monde. Les sommets sont encore saupoudrés de neige, les températures sont encore bien fraîches. La saison en cascade de glace à été raccourci et il me démange d'aller taper du glaçon une dernière fois avant de passer à la saison estivale. Pour ce 2 juin 2020, nous choisissons la goulotte Pschitt dans la face Nord de l'Ailefroide qui à l'air d'être en bonne condition sur une photo qu'un ami à prise quelques jours auparavant.

Seulement, la fenêtre météo est courte, le temps paraît clément en ce 2 juin, un peu nuageux pour le 3 juin mais il se dégrade le 4 juin; cela nous semble tout de même être jouable. Nous choisissons de monter le 2 juin pour bivouaquer au pied de la face plutôt que d’enchaîner la marche d'approche et la voie en une seule journée car nous ne sommes pas acclimatés. Nous partirons donc le plus léger possible, sans tente pour passer une nuit à la belle étoile autour de 3000 mètres d'altitude.

L'approche

Après quelques heures de route nous arrivons au village d'Ailefroide et y laissons la voiture puisse que notre itinéraire fait une boucle: nous montons par le glacier noir jusqu'à la face Nord de l'Ailefroide le premier jour puis une fois sur l'arête sommitale (qui détermine la fin de la goulotte) il était prévu de redescendre dormir au refuge d'hiver du Sélé le soir du second jour et enfin faire la marche de retour dans le vallon du Sélé le troisième et dernier jour.

Durant la marche d'approche nous ne croisons personne mis à part des chamois, bouquetins et marmottes qui vadrouillent autour du Pré de Mme Carle. Nous sommes réellement seul dans la montagne, il n'y a aucun bruit, excepté celui des avalanches que l'on voit de temps à autres dans la face sud de la Barre des Ecrins et dans les face du Pic Coolidge.

Les sacs sont lourds, chargés de broches, friends, dégaines, du DVA et de matos de sécu; le matériel de bivouac et la nourriture prennent de la place. Nous commençons à réaliser que la journée du lendemain va être longue et difficile.


Progressivement nous passons de la moraine au glacier, et nous commençons à apercevoir la fameuse face Nord de l'Ailefroide. C'est vraiment exceptionnel d'être seul dans cette vallée du glacier Noir, elle est si sauvage, on a l'impression d'être au bout du monde, le dépaysement est total.

Le début des problèmes

il est 16h30. Après quelques heures de monter depuis Ailefroide nous trouvons un emplacement de bivouac à une petite heure de marche du départ de la voie. Mais petit hic: la goulotte à l'air complètement sèche dans les parties raides. Juste une trace de glace sur une portion d'environ 50 mètres à vue d'oeil au niveau de la première section dure. C'est une petite langue de glace, un placage assez fins. On pense que ça passe et dans le pire des cas on pourra remonter sur des vires adjacentes si jamais c'est trop sec et infranchissable.

c'est donc l'heure d'installer notre bivouac 5 étoiles qui s'annonce grandiose malgré quelques nuages qui pointent leurs nez.


Alors que nous partions pour nous coucher et que les nuages finissent de comblés le ciel, il tombe une goutte puis deux puis l'averse arrive. Nous rangeons tout dans la précipitation pour ne pas mouiller les sac de couchage. nous nous abritons sous une couverture de survie en espérant que l'averse passe... quelle idée de ne pas prendre de tente!!

 Mais l'averse ne passe pas et l'orage gronde, nous sommes trempés, les sacs aussi. c'est l'heure de tout remballer et de filer plus bas sur le glacier où nous avions repéré une petite grotte. Mais une fois arrivé à celle-ci on remarque que de l'eau goutte quand même, les précipitations sont de plus en plus fortes.

nous n'avons plus qu'une seule option: creuser un trou à neige dans l'amas de neige se trouvant devant la grotte pour espérer dormir un minimum car nous sommes trempés. Il fera très certainement moins froid dans ce trou à neige.

la pluie a cessé, le froid s'est bien installé et notre trou à neige est enfin fini: Il est 21H04.


Nous remettons les cartes sur la table car la goulotte Pschitt et son placage de glace ne sont plus faisable, la pluie a humidifié le manteau neigeux, le risque d'avalanche est accrue, nous en entendrons d’ailleurs toute la nuit.


Cependant nous ne voulons pas rentrer bredouille, cet épisode pluvial non prévu nous fait tout remettre en question, et nous ne voulons pas prendre trop de risque dans un itinéraire trop engagé alors qu'il vient de pleuvoir des trombes d'eau. Du coup nous partons pour une course bien moins longue et plus facile: la goulotte Émeraude de gauche qui semble très garnis en glace. Le but sera quand même de rejoindre le refuge d'hiver du Sélé le soir.

Le réveil sonnera à 4h, la nuit s'annonce courte et agitée.

Le jour J dans la voie

Lors de notre sortie du trou à neige, les nuages sont partis, nous apercevons une cordée qui arrivent au loin. Nos vêtements sont encore mouillés et humides.

Nous sommes rapidement au pied de la voie, la glace est présente en abondance au pied de la goulotte, elle a l'air parfaite, la neige quant à elle est bien compacte. Alors que nous nous équipons, je laisse glisser une radio par mégarde... elle finira au fond d'une énorme crevasse, impossible à récupérer... la journée commence bien.

Hubert, mon compagnon de cordée part en premier. Nous évoluons en corde tendue, la rimaye passe très bien, la glace est bonne, nous avons un bon rythme. les premières difficultés arrivent alors que je passe en tête, ça ne protège pas de partout mais je me sens à l'aise dans cette longueur. La glace commencent à se faire remplacer par de gros amas de neige instables poser sur la glace, il y a donc de nombreux spindrifts.

Nous continuons notre progression. Mon compagnon de cordée est repassé en tête depuis, et alors qu'il a fait un relais un peu plus haut pour que je le rejoigne, j'entends un énorme bruit.

 Hubert qui me crie quelque chose sans que je n'ai le temps de comprendre, alors je plante mes piolet bien profond et baisse ma tête. 

Je me sens bousculé par de grosses masses de neige,  je reçois des cailloux sur le casque et le poignet droit, je ne sais pas combien de temps cela dure, je ne comprends pas ce qu'il se passe, je ne vois rien. Mes piolets, je les sers du plus fort que je puisse, la corde est tendue à son maximum. Hubert ne doit pas me voir, je me sens complètement impuissant face à la situation.

Enfin la coulée s'arrête. Je me retrouve pendu dans la corde, avec de la neige de partout, un bloc de glace entre les jambes, j'essaie de comprendre, je suis encore déboussolé. 

Hubert était lui bien protégé de cette petite avalanche et moi en plein dedans, plus de peur que de mal, malgré ce cailloux reçu sur le poignet droit, la douleur est minime pour le moment, juste un bel hématome. Je rejoins rapidement Hubert, heureusement que ce n'était pas une grosse avalanche, ça aurait pu être bien pire.


Nous arrivons à la longueur clé, elle s'annonce plus dure que prévu car vraiment pauvre en glace... C'est un petit dièdre de 10/15m de haut qui rejoint une pente de neige. je m'attaque à ce morceau qui s'annonce difficile et engagé en pensant encore à l'avalanche que je viens de me prendre. 

les seules protections que je peux poser ne sont là que pour me rassurer psychologiquement, aucune d'entre elle ne résistera en cas de chute, toutes les broches ont touchées le cailloux et ne sont pas complétement en place ou alors dans de la glace creuse, il n'y a aucune fissure pour mettre des friends. J'essaie de me calmer et de me concentrer au maximum, la chute est interdite dans cette longueur de mixte, mes crampons zippent à deux reprises sur des micros réglettes., le sentiment de peur est bien présent. J'avance lentement en assurant tous mes pas et toujours aucunes bonnes protections, il faut passer un gros bouchons de neige pour sortir du dièdre, je suis stressé, Hubert aussi: il sait que je n'ai pas le droit à l'erreur.

Jamais je n'ai autant engagé,  car au dessus du bouchon je ne trouve que de la neige bien molle, dans laquelle il faut brasser et aucuns moyens de poser une protec, alors même si c'est bien plus facile que dans le dièdre il faut assurer tous ses mouvements. J'ai donc fait un longueur de 30m sans protections valables... je n'en reviens toujours pas. Dans ce genre de situation c'est clairement le mental qui peut faire basculer l'action, c'est lui qui nous permet de résister, d'avancer et de terminer la longueur.


Le gros des difficultés est passé mais je commence à sentir une grosse douleur au poignet droit, heureusement il ne reste plus qu'à faire de la corde tendu dans des pentes de neige , certes qui ne protègent pas mais au moins c'est facile; de plus la fatigue se fait sentir, le mauvais temps arrive, il faut rester concentrer et avancer.



Nous arrivons à la crête sommitale fatigués, sous la neige, dans le brouillard mais heureux. Heureux d'être arriver à la fin de cette goulotte après toutes les galères que l'on a eu.


Il nous reste quelques rappels pour rejoindre le col du glacier Noir puis direction le glacier du Coup de Sabre et enfin le refuge d'hiver, que nous atteindrons complètement épuisés après avoir brasser de longues heures dans de la poudreuse. peut-être  aurions nous dû prendre les skis?


Nous arrivons au refuge autour de 18h, et une fois de plus nous sommes seul, un refuge pour nous tout seul c'est juste magique. Suite à un bon repas lyophilisés nous tombons de fatigue.


Le troisième et dernier jour

ce jour là c'est grâce mat'! Nous nous réveillons autour des 8h pour un départ à 9h car de la pluie en abondance est encore annoncée ce jour là, et nous aimerions passer les vires (qui se trouvent sous le refuge d'été) avant de prendre les intempéries.


C'est raté pour ne pas se prendre les intempéries puisse que nous repartons sous la neige! c'est toujours mieux que de la pluie. Les câbles des vires n'étaient malheureusement pas tous en place et les névés qui se trouvent sur le chemin vont rendre la progression un peu plus longue. Mais nous ne prendrons pas la pluie!! Et une chose est sûre: cette vallée est toujours aussi belle, et encore plus sous la neige!


Pour conclure, nous aurons eu un bel orage le premier jour, perdu une radio, on a dû laisser du matos aux  relais des rappels car très vieillissants, mon compagnon a cassé son sac, toutes mes broches ont touchés le cailloux (snif), on a eu de la chance que la coulée qui est passée dans la goulotte n'est pas était plus grosse.

Enfin pour mon poignet, c'était assez superficiel, juste un gros coup.


Sinon je vous assure que c'est une très belle course, et si vous avez l'occasion d'aller la faire avec de bonnes conditions vous m'en direz des nouvelles.

De mon côté j'entends l'année prochaine pour de nouveau tenter la goulotte Pschitt.

Kilianmn
Texte Kilianmn
Étudiant en STAPS, je pratique des activités de montagne toutes les semaines, principalement de l’escalade, de alpinisme, du canyoning et de la spéléologie mais aussi du trad à mes heures perdus et bien d’autres.
1 commentaire

Connectez-vous pour laisser un commentaire

.